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Première campagne autour du vin après l’amendement la Loi Evin : les acteurs continuent de se déchirer

Posté le : 10 janvier 2016 à 12 h 21 min   /   par   /   comments (0)

En décembre dernier, l’organisme Vin et Société a lancé une campagne autour de la consommation du vin qui a beaucoup fait parler d’elle. En effet, c’est une publicité en apparence anodine. Deux sympathiques grains de raisin et un slogan pas vraiment dissuasif ont inondé vos magazines la semaine dernière : “Aimer le vin, c’est aussi avoir un grain de raison”. Pourtant, certains organismes sont montés au créneau pour dénoncer ces affiches et le caractère incitatif de ce genre de campagne.

Tout d’abord, attardons nous sur l’organisme a l’origine de cette campagne. Derrière cette publicité se trouve un organisme appelé “Vin et Société”, un lobby viticole. Pour les repères de consommation, “Vin et société” conseille de ne pas dépasser deux verres de vin par jour pour les femmes, trois pour les hommes, ou quatre s’il s’agit d’une occasion spéciale. Pour rédiger ces repères, Vin et Société dit s’être inspiré des organismes de santé publique.

Les chiffres “2.3.4.0” (2 verres maximum par jour pour les femmes, 3 verres maximum par jour pour les hommes, 4 verres maximum en une seule occasion et 0 verre un jour par semaine) utilisés pour définir une consommation excessive et affirme faire de la prévention ainsi que de l’éducation pour lutter contre les abus. Pour Vin et Société, cette campagne publicitaire est une «main tendue aux autorités de santé auxquelles il ne souhaite pas se substituer ». Vin et Société met en exergue les faibles moyens dont dispose l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) pour ces campagnes de prévention contre l’alcoolisme. Il affirme disposer d’un budget de 600 000 euros pour sa campagne. Il a fait un dossier pour obtenir un financement de 50 % du montant total par Bruxelles. Il lui faut toutefois la double signature du ministère de l’agriculture et du ministère de la santé pour décrocher le pactole européen. Le lobby rappelle qu’Heineken avait déjà souhaité faire une campagne de marque avec ces repères de consommation mais son projet avait été retoqué.

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Les spécialistes s’insurgent contre un message pouvant laisser sous-entendre qu’en dessous de ces seuils la consommation serait normale et sans risque.

Mardi 8 décembre, la Haute Autorité de Santé (HAS) a réagi dans un communiqué en dénonçant une «campagne publicitaire qui détourne un outil médical de lutte contre les dangers de l’alcool». De plus, elle tient à dénoncer les chiffres utilisés par Vin et Société, «Les seuils mentionnés par la HAS sont ceux qui nécessitent de déclencher une intervention médicale. Il ne s’agit en aucune façon de dire qu’en dessous de ces seuils, la consommation serait normale, recommandée ou exempte de risque». En outre, la HAS souligne que ces seuils ne peuvent pas s’appliquer à certaines populations. La HAS a demandé à Vin et Société de ne pas être mentionnée dans sa campagne.

Après la Haute autorité de Santé (HAS) qui a dénoncé la campagne de l’association « Vin et Société », c’est au tour de l’Institut national de prévention et d’éducation à la santé (INPES) de « s’émouvoir » de cette initiative. L’organisation dénonce « avec force un détournement de l’approche préventive » et rappelle que ses dernières enquêtes ont confirmé le caractère incitatif des publicités (déguisées ou non) en faveur de l’alcool.

L’Association de prévention de l’alcoologie et de l’addictologie (Anpaa) a, de son côté, qualifiée cette campagne de « déraisonnable ». Ajoutant dans un communiqué publié mercredi 9 décembre : « le lobby du vin démontre sa puissance de feu publicitaire avant même le démantèlement officiel de la loi Evin qu’il a obtenu dans le cadre de la loi de modernisation du système de santé ».

Pour leur publicité, les viticulteurs ont donc utilisé des données officielles mais incomplètes, et que les autorités sanitaires n’ont jamais réactualisées. Depuis la campagne de “Vin et société”, le ministère de la santé a fait le ménage sur ses sites d’information. L’expression “repère de consommation” a tout bonnement disparu. Il est désormais précisé “qu’il ne s’agit pas d’un niveau de consommation sans risque”. Tout cela aura donc eu un mérite pour la santé publique : forcer l’Etat à clarifier ses messages de prévention.

Cette campagne fait donc rentrer en jeu de nombreux acteurs dont les responsabilités et les engagements sont tout à fait louables. Les arguments restent très justes et recevables. Toutefois, on peut souligner un certain manque d’implication de l’Etat qui se retrouvent pris dans l’étau d’une nécessite économique mais aussi de certaines craintes en terme de santé publique. On voit à travers cette campagne que ce débat va devenir récurrent suite à la modification de la Loi Evin.

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